La volonté des riches de se mettre à l’écart du reste de
l’humanité conduit à une
surenchère d’offres bancaires. American Express a d’abord lancé la Gold Card, puis
la Carte Platinum, qui est aujourd’hui donnée à tous les gros salaires. C’est désormais
la Carte Centurion qui représente le dernier symbole du statut d’ultras riches. Cela fait bien longtemps que celui qui se soucie réellement de sa réputation ne se déplace plus avec son portefeuille, son téléphone ou son trousseau de clés : il est entouré vingt-quatre heures sur vingt-quatre d’auxiliaires qui se chargent pour lui de banalités comme payer, composer un numéro ou ouvrir les portes. Car se mettre en marge du monde n’implique pas uniquement de s’éloigner dans l’espace mais également de se détacher de tous ces petits gestes qui pourraient avoir un lien avec la vraie vie.
Aux Etats-Unis, cette distance est tellement marquée que The Wall Street Journal publie depuis 2003 une chronique intitulée “The Wealth Report” dans laquelle le journaliste économique Robert Frank décrit la vie et la culture des ultrariches. L’année dernière, il en a fait un livre qu’il a appelé Richistan [Crown, 2007]. “Ils ont créé un monde autonome pour leurs semblables, avec son propre système de santé, son propre réseau de voyages et une économie distincte. Non seulement les riches s’enrichissent, mais ils deviennent des étrangers économiques, qui ont créé leur propre pays dans le pays et leur propre société dans la société.”
Adrian Kreye, Süddeutsche Zeitung (extraits), Munich