Libération révèle, mardi 18 novembre, de nouveaux éléments sur l’affaire Société
Générale.
Il s’agit d’éléments nouveaux qui mettent en doute la thèse de la banque selon laquelle JK aurait
échappé à toutes les procédures de contrôle.
Pourtant tout le monde était au courant des positions de
JK
En effet, le quotidien
révèle ‘notamment des alertes à répétition des contrôleurs sur l'activité de ClickOptions, une filiale de la banque dont l'activité est de proposer aux particuliers de spéculer sur les options,
que Jérôme Kerviel avait utilisée pour masquer des opérations.
Il explique également que Jérôme Kerviel spéculait "au vu et au su" de sa hiérarchie, et cite à ce propos des témoignages de ses collègues devant la justice. Tout le monde savait que Jérôme
prenait des positions dans la journée", témoigne ainsi l'un d'entre eux.
Le quotidien explique en outre qu'il était d'usage chez les traders de truquer leurs résultats annuels en transférant une partie des gains d'un exercice sur l'autre, pour démarrer la nouvelle
année avec un "matelas" ’.
Les incohérences du débouclage
Enfin, le journal revient
sur le débouclage des positions de Jérôme Kerviel, une fois la fraude connue. Maxime Kahn, le trader chargé de l'opération, n'aurait "pas été informé qu'il allait traiter l'argent de la banque"
et "n'a donc pas prêté autant attention aux pertes de l'opération". Les positions de Jérôme Kerviel ont fini en perte de 6,4 milliards (atténuée par un gain précédent de 1,5 milliard) en raison
du plongeon boursier qui avait lieu le lendemain de la découverte de la gigantesque position de JK.
Etonnante et étrange coïncidence ?
Techniquement pourtant rien n’expliquait ces jours-là les raisons de ce crash surtout que Wall Street était fermé pour raison de fête le jour même du lancement du débouclage !
La Soc Gen a bien informé les responsables de la Banque de France et de la LMF, le gendarme boursier, de l’affaire et mené parallèlement des pourparlers avec d’autres institutions financières américaines, dans ce qu’elle appelle la plus stricte confidentialité, en vue de garantir une éventuelle augmentation de capital au cas de nécessité.
Et nombre de communications ont transité par les lignes téléphoniques de la banque et par Internet tout au long de ces journées « mémorables ».
Quant au président de la République et la ministre des Finances, ils ont été carrément exclus du bénéfice de cette information exclusive pour « préserver le secret de polichinelle ».
N’y avait-t-il pas de cause à effet entre d’éventuelles fuites et le plongeon boursier ? N’y avait-il pas de lien entre l’information communiquée dans la « confidence » et une probable exploitation de cette même information ?
Et ne dit-on pas souvent que ‘mêmes les murs ont parfois des oreilles’ !
Preuves à l’appui
Et la théorie selon laquelle Jérôme Kerviel a agi seul, à l'insu de sa
hiérarchie, de ses camarades et des services de contrôle, pour prendre des positions jusqu'à 50 milliards d'euros, ne tient pas debout.
Libération a apporté des preuves palpables, concrètes et irréfutables faisant montre que tout le monde savait tout sur l’activité de JK. A ces preuves s’ajoutent celles que nous avions apportées auparavant sur ce Blog et relatives aux dizaines d’alertes, tant internes qu’externes, aux sanctions infligées à la Soc Gen par différents organismes et qui démontrent d’une manière sans équivoque que la gouvernance Soc Gen n’ignorait rien des prises de position du trader.
Une instruction à sens unique ?
Pourtant, selon Libération, "les juges envisagent de clore leur dossier et de renvoyer Kerviel devant un tribunal, où il risque jusqu'à cinq
ans de prison, sans s'intéresser à la responsabilité de ses supérieurs".
Mais pourquoi les juges s’obstinent-ils à ne prendre en compte que les éléments favorables à la banque ?
« La défense de JK multiplie les demandes d’actes et exige de nouvelles confrontations. Van Ruymbeke accepte ces confrontations, mais ne cache pas son agacement. Début août, il met en examen Thomas Mougard, l’assistant-trader de Kerviel, pour «complicité d’introduction frauduleuse de données dans un système informatique». Mougard aurait rentré les opérations fictives de Kerviel en connaissance de cause, thèse avancée par la deuxième version du rapport de la Société générale. Pour Kerviel, cette mise en accusation de son ancien assistant signifie que l’instruction est maintenant menée suivant les desiderata de la banque. Et que le juge est sensible à la menace d’une class action menée aux Etats-Unis contre la banque, qui pourrait conduire à des centaines de millions d’euros d’amende. Cette suspicion est étayée par le comportement assez inhabituel de Van Ruymbeke. Le juge, qui d’habitude adore pousser son instruction aussi loin qu’il le peut, est passif. Les témoignages évoquant des trucages de compte par d’autres traders n’entraînent aucune demande de réquisitoire supplétif. Sur certains points, l’instruction repose entièrement sur des documents fournis par la banque. Aucune expertise indépendante, ni informatique, ni comptable, pour vérifier la réalité de la perte déclarée par la Société générale n’a été ordonnée. Et quand la banque refuse de communiquer certains documents demandés par la défense du trader, Van Ruymbeke ne s’en formalise pas. Tout se passe comme si le juge semblait pressé de se débarrasser d’une affaire qui l’ennuie. Et comme c’est lui qui est maître de son instruction, on ne voit pas comment les avocats du trader pourraient réussir à inverser la tendance. »